Mes années 2000

Les dix meilleurs disques de la décennie, les cinq pires vidéoclips de la décennie, le palmarès des événements marquants de la décennie… L’heure est aux bilans, aux listes, aux décomptes. Sans qu’on s’en surprenne, les attentats du 11 septembre 2001 arrivent en tête de liste des événements bouleversants, de ceux qui ont changé le cours de l’histoire et la face du monde dans un grand fracas. Vous en rappelez-vous? Moi si.

J’émergeais d’une nuit de camping au Bout d’en Bas, à l’Isle-aux-Coudres, et c’est en faisant une visite express de ravitaillement chez Pedneault avant de reprendre le traversier que je suis tombée sur la télé qui diffusait ces images de mauvais film d’apocalypse. Au début, vraiment, j’ai cru à de la fiction, une série B vaguement réaliste par l’image, mais tellement saugrenue sur le fond que je serais passée tout droit, n’eût été des visages tendus vers l’écran, incrédules, comme sonnés par l’énormité de la chose, par l’épaisseur du nuage de poussière et de fumée  qui jetait un voile mat sur le rêve américain.

Confession: spontanément, une fois la surprise avalée et les gros titres entendus, une pensée m’a effleuré l’esprit. Une terrible pensée, maintenant que j’y repense : « Bien fait pour leur gueule », ai-je pensé. Mais prenez garde, cette pensée ne concernait pas les victimes du World Trade Center, pas les gens qui se jetaient par les fenêtres du centième étage ou les nouveaux orphelins, pas les pompiers qui fonçaient tête première vers leur mort. Mais les Américains, avec un grand A. L’Amérique saccageuse, tapageuse, pollueuse, extorqueuse, vaniteuse. L’Amérique impérialiste, capitaliste, créationniste, je-m’en-foutiste, égoïste. L’Amérique avec un grand A, pour appétit.

À bien y réfléchir, je ne renie pas cette pensée.

Mais la décennie qui s’achève n’est pas que celle de 9/11.

Elle est aussi celle d’Obama et de son « Yes, we can » pétri de promesses, dont celle de changer l’Amérique.

De Katrina et du désolant constat qui en a émané: « Il y a deux Amériques : une solvable, l’autre pas;  une sauvable, l’autre pas. »

De Cédrika, qui a inculqué la notion de disparition dans la tête de milliers d’enfants dont les miens. 

De Vincent Lacroix et de la ribambelle de bandits à cravate qui s’en sont mis plein les poches pendant qu’en bons croyants, on leur faisait tout simplement confiance.

Du tsunami, un mot qui est entré dans notre vocabulaire avec la force du raz-de- marée qu’il évoque, avalant 230 000 vies au passage.

Des fusillades dans les écoles, comme un écho monstrueux à Polytechnique.

Des guerres. Celle d’Irak, injustifiée, et pour laquelle le premier ministre britannique de l’époque, Tony Blair, pourrait se retrouver derrière les barreaux (et Bush, lui?). Celle d’Afghanistan, qui dure et perdure, malgré les promesses de retraits, les morts, le cul-de-sac. Et les autres.

De la mort de Falardeau, un héros ordinaire. De celle de Michael Jackson, roi déchu de la pop. De tant d’autres qui nous rappellent notre propre péremption.

Du réchauffement climatique. Parlant de péremption.

Mais les années 2000 n’ont pas été qu’un long chemin de croix entre des tableaux tragiques. Elles ont aussi été celle du foisonnement technologique (avec ses avantages et ses désavantages, soyons-en conscient!), de la renaissance de la musique québécoise francophone, de l’abondance de films, de livres, de disques extraordinaires et de plus en plus accessibles, de la laïcisation. De découvertes médicales et scientifiques importantes. 

Celles de la naissance de milliers d’enfants qui peut-être seront moins individualistes que leurs parents.

Celles de la naissance de mes enfants indéniablement qui, me rendent moins égoïste et plus heureuse.

Puisse l’année et la décennie qui commencent vous donner des ailes et l’envie de profiter goulûment de la vie qui passe une seconde à la fois, quoi qu’on en dise. 

Bonne Année!

 

 

 

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