Le grand méchant ouèbe
Rendez-vous annuel des scribouilleurs de ma race, le congrès annuel de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec est un grand «melting pot » où baignent idées et de tendances. On s’y rend comme à la pêche, sans trop savoir ce qui mordra au bout de la ligne et qu’on pourra ramener dans notre petit panier pour le digérer tranquillement après l’avoir paré à notre goût.
Dans ma besace cette fois-ci, un gros poisson nommé Ouèbe… une espèce en voie d’expansion , dangeureusement exponentielle aux yeux de certains. Ce n’est pas tant le Ouèbe, le danger, disent ses détracteurs, mais plutôt sa facilité à être attrapé, évidé, manipulé, frit et refrit, servi sur lit de niaiseries. Même les plus mauvais pêcheurs en remplissent aisément leur panier!
D’où le risque.
Parce que ne vous méprenez pas! Dans le cas qui nous intéresse, les vrais poissons, c’est nous, c’est vous. Ce sont tous ceux qui font confiance aux jounalistes, à la nouvelle, à ce qui est écrit et qui reste et qu’on a trop souvent tendance à prendre pour du cash.
Oui, on se fait vraiment parfois mener par le bout du nez!
Même nous qui nous croyons pêcheurs aguerris et au-dessus de tout soupçon, on doit se méfier. Car avec Ouèbe frayent fausses vérités, publicité et potins polis, ces ennemis que tout bon journaliste doit combattre au harpon! Avec le gros requin de la convergence qui menace, les temps ne sont pas à la rigolade dans les eaux troubles de l’info!
Prenons l’exemple de cette chronique. Pas celle-ci, mais une ou l’autre des précédentes. De celles où je glisse quelques statistiques pour étayer mon propos, où je cite Dr Untel pour avoir l’air d’avoir fait mes devoirs et valider mes opinions qui ne tiennent pas toujours la route toute seules. Vous voyez, je le sais! Souvent, ces statistiques éloquentes, ces citations éclairantes, je les grapille sur la toile, au fil de mes recherches. Mais est-ce que je peux vraiment m’y fier? Disons qu’une nouvelle règle de trois est en train de supplanter la toute simple et si pratique des mathématiques. Si trois sources donnent la même information, on peut l’utiliser sans craindre de perdre sa réputation et sa sacro-sainte éthique journalistique!
L’autre risque avec Internet, c’est la gratuité absolue des contenus. Pourquoi achèteriez-vous un journal si vous pouvez tout trouver à la même adresse, quelque part sous les www? Pourquoi les annonceurs continueraient d’acheter des pubs dans les journaux, si la cote de ceux-ci ne cesse de fondre comme les glaciers? Les pessimistes prédisent la mort lente et souffrante des quotidiens, des hebdomadaires et même des mensuels à base de bois. Bientôt, le e-papier remplacera le bon vieux journal qui noircit les doigts. Est-ce vraiment très grave?
On en revient au contenu. Va pour la mort des journaux, mais il y a cette très relative assurance de qualité qui vient avec, même si elle est un peu illusoire. Les gens signent leur nom, on voit même leur petite face dans un coin. Sur la toile, les sources sont souvent sans visages et sans nom. Tout le monde se trouve assez intéressant pour se faire un blogue, s’afficher sur twitter, partager ses opinions dans les tribunes publiques, pourquoi pas écrire un petit article? Wikipédia, l’encyclopédie la plus fréquentée de la toile, est bourrée de faussetés qu’il est tellement simple de croire sur parole! D’où l’importance de la règle de 3…
Mot d’ordre? Vigilance! Il y a aussi d’excellentes sources sur la toile… Connaissez-vous www.charlevoixendirect.com?Le bon côté
La démocratisation. Internet n’est pas qu’une grosse bibitte menaçante, elle est aussi un fabuleux outil comme en témoigne le nouveau site mis en ligne par les jeunes du groupe GER 3 de Richard Lahaie(voir texte p. 19). w
ww.tv.saint-aubin.net, c’est la preuve par 14 qu’internet ouvre la voie de l’exploration, nourrit la curiosité, stimule les ambitions, gonfle le sentiment d’appartenance, permet de partager les bons coups et de voir les apprentissages d’un autre oeil…Vous rêviez de retourner à la polyvalente? Voilà votre chance!

