Au nord du 55e parallèle
Question quiz: savez-vous ce qu’est le Nunavik?
A) Une île au Nord du Groenland;
B) Une province canadienne regroupant le Yukon et les territoires du Nord-Ouest;
C) Un tiers du Québec.
Si vous avez répondu C, vous n’êtes pas trop dans le champ d’inukshuk. Le Nunavik est en effet toute la pointe supérieure du Québec au-delà du 55e parallèle, un vaste territoire à la réputation d’hostilité, de jours trop longs ou trop courts, d’habitants mal dans leurs peaux de chagrin et d’ours mal léchés… Si c’est ce que vous pensez du Nunavik, de sa nature et de son peuple, là, vous dérivez comme un iceberg en pleine débâcle.
La semaine dernière, j’ai rencontré des Nunavimmiut. Quatre, en fait. Mais ils étaient bien plus que ça, presque 40 le premier jour du congrès de l’Adventure Travel Trade Association au Manoir Richelieu. Et dans leurs sourires, il y avait toute la lumière des aurores boréales. Leur Nunavik n’a rien des goulags de la Sibérie. Ils aiment cette terre et ne demandent pas mieux que nous la faire aimer.
Quand j’avais 5 ans, mon père est parti vivre un an à Salluit, une des 14 communautés qui tissent aujourd’hui le Nunavik, une seule des 4 qui comptent plus de 1000 habitants. Là-bas, avec une poignée d’Inuits et un autre barbu de sa race (l’authentique race hippie, éteinte depuis…), il avait pour mission de mettre en ondes une radio communautaire grâce au programme Katimavik.
Un an sans mon père. Ma mère avait décidé de ne pas passer l’hiver à rentrer du bois et à pelleter comme une Maria Chapdelaine déprimée et nous avait loué un petit appart rue Drolet à Montréal. Ça, c’est une autre histoire. Je vous raconterai un jour comment je suis devenue une star du Plateau en apportant dans notre « station wagon » mes deux oies, mes chats, une poule… La reine de la ruelle, c’était moi!
Venons en à Salluit. En été, j’avais pris un petit avion pour me rendre là-bas. Je ne sais plus si mon père était venu me chercher dans le « sud », mais je me souviens très bien que ma mère aimait trop la chaleur pour prendre des vacances dans le Grand Nord.
Débarquer à Salluit en juin, c’était débarquer sur la lune. Mais pas une lune froide et triste, pleine de trous et sans vie. Une lune peuplée de gens aux visages aussi lunaires qu’elle, ronds et dorés comme quand elle se lève sur le fleuve dans sa plénitude.
Avec des yeux en sourire.
Tout de suite, en mettant le pied sur le sol gelé à perpétuité (c’est ce qu’on croyait en 1980), je me suis sentie enrobée de chaleur. Comme si j’entrais dans une maison accueillante. Une maison sans toit, sans murs. Mais une maison quand même.
La première nuit, il n’y a pas eu de nuit. Est-ce que c’est comme ça tout le temps sur la lune?
Mon père avait accroché une épaisse couverture de laine à la fenêtre de ma chambre, mais il y avait toujours cette lueur.
Puis ils sont arrivés. En pleine nuit, mais peut-on vraiment appeler ça la nuit? 3 ou 4 enfants sont entrés dans notre « match box » (c’est le nom qu’on donne aux maisons, ça en dit long… rien à voir avec les baraques du Plateau ou du Tremsim). Ils venaient me chercher, pour jouer. À minuit. Wow! De toute façon, je ne dormais pas! Aussi bien tirer profit du flou artistique autour du concept de nuit…
Dehors, on n’était pas seuls! Ça jasait ferme, ça riait aux éclats dans l’immensité. Ce fut le mois le plus étrange de ma vie. J’ai failli perdre mes pieds gelés après une randonnée en motoneige. À l’arrivée, mon père catastrophé a découvert dans mes bottes deux petits petons bleus et glacés. J’avais eu mal, mais là, je ne sentais plus rien. Il s’imaginait déjà devoir expliquer à ma mère qu’on avait dû m’amputer. Le coup de grâce! Deux grands-mamans m’ont prise en charge, leur perpétuel sourire ne vacillant pas une seconde! Et frotte les pieds, et chante une chanson, et bois un petit bouillon. J’ai encore mes pieds.
Un vieil homme que j’aimais bien regarder sculpter m’a un jour mis entre les mains un fragment de pierre à savon et un clou de huit pouces. Pour que je m’amuse. Est-ce que ma mère aurait toujours été d’accord avec leur conception du jeu? Sûrement pas, mais c’était tellement génial!
Aujourd’hui, le Nunavik rêve de faire travailler ses jeunes aux visages lunaires. En développant un tourisme d’aventure abreuvé à la culture ancestrale qui a permis à ce peuple de survivre, il espère redonner à ses enfants la fierté. En demandant aux enfants de sa terre de la sillonner pour en partager les méandres magnifiques peuplés de caribous, de boeufs musqués, de loups, de baleines, de phoques et d’oiseaux, il espère que ceux-ci la redécouvriront. La protégeront. L’habiteront.
Nunavik, que ton souhait se réalise. Tu as de précieux alliés en Tuumasi, Annie, Clara, Tommy, Saleema, Margaret et les autres.


29 Décembre 2009 à 12:11 am
[...] inuites. Un projet qui est réalisé en partenariat avec AVATAQ et le “Save our Language …Au nord du 55e parallèleLe Nunavik est en effet toute la pointe supérieure du Québec au-delà du 55e parallèle, un vaste [...]