Pour l’amour du ciel!
Il faut avoir un cran du tonnerre pour s’envoyer à ce point en l’air! Moi, j’aurais eu une trouille bleue seulement à l’idée de poser le pied dans une fusée. C’est vrai qu’elle a l’air jolie, la terre vue du ciel, mais entre nous, les photos, les vidéos, les commentaires des astronautes et mon imagination, ça me suffit amplement. M. Laliberté, lui, visiblement pas.
Que de commentaires on a entendus sur son aventure spatiale! Il s’en est trouvé une tralée pour vomir sur « l’égo trip » du clown de l’espace milliardaire. Et une autre tralée pour lui donner des leçons de charité, d’écologie et d’investissements verts. Et encore une autre pour en remettre sur la misère des riches. Lassant.
Heureusement que certains se sont laissé le droit d’être émerveillés, tout simplement.
J’ai trouvé le spectacle qu’il a offert au monde magnifique, instructif et planétairement rassembleur. Du haut de sa soucoupe volante, le rêveur planétaire pouvait imaginer la vague de fond de sa « mission sociale poétique » parcourir le minuscule globe bleu nimbé de gris là-bas, tout au fond de l’infiniment grand. Un sacré émoi, j’imagine.
Une fable poétique un peu enfantine et délicatement moralisatrice qui prenait vie dans les paroles de figures imposantes ou candides, des numéros à couper le souffle et d’autres à faire sourire (comme quoi les références culturelles sont bien ancrées dans leur territoire) : un flash mob à New York, un chanteur de charme androgyne à Osaka, des mignons danseurs moscovites à goutte bleue, une cantatrice australienne, Gil de Getz et Gilberto au Brésil… Des images extraordinaires de caribous dans la glace, de bélugas, d’îles et de lagons, de chutes qui promettent l’éternité… La logistique derrière tout ça était vraisemblablement bien huilée, si bien qu’on n’y a vu que… de l’eau! Fluide!
Des ronds dans l’eau
Guy Laliberté est sincère, je pense. Sincèrement consterné de constater qu’un enfant meurt toutes les huit secondes par manque d’eau potable. Sincèrement concerné. Sincèrement proactif.
Oui, on peut questionner « l’investissement » d’un voyage dans l’espace. On peut faire plein de calculs en remaniant l’usage des sommes « astronomiques » investies dans la mission sociale et poétique. Combien de puits? Combien de filtreurs à ions? Combien de bouteilles d’eau pour 35 millions?
Là n’est pas la question, je crois. Sa façon de faire à lui, c’est le spectacle. Et ça, il sait le faire!
One drop, c’est peut-être sa lubie philanthropique, celle d’un clown richissime. La mission sociale et poétique, ce n’est peut-être qu’une grosse chaudière d’eau à la mer. Mais son voyage dans l’espace n’est pas qu’un trip égoïste. Si ça l’était, il aurait très bien pu choisir de faire ça tout seul, sans mêler l’humanité à son fantasme!
Plutôt que de s’envoyer en l’air en solitaire, il a convié tous les terriens à bord! Il leur a mis l’oeil à sa lorgnette d’astronaute pour leur faire constater par eux-mêmes la fragilité du royaume. Sa beauté aussi. Globalisation, je crie ton nom! Globalisation de la prise de conscience!
Et si l’effet d’onde qu’il souhaitait induire se produisait? Si des millions de gens qui ont vu une partie ou l’autre du spectacle, la moitié décidait de mettre une brique dans le réservoir de la toilette, de troquer un steak par semaine contre des pâtes primavera, de fermer l’eau durant le brossage des dents, d’écourter de deux minutes la douche, d’arroser les plantes avec l’eau de cuisson des légumes, de mettre un pichet d’eau au frigo pour avoir de l’eau fraîche en tout temps?
One drop, une goutte, c’est aussi ça. Un geste à la fois.

