Fais comme l’oiseau
Ce jour-là, tout le monde avait des ailes. Pas seulement le grand aigle, la voltigeuse et les trapézistes, mais aussi les jongleurs, les monocyclistes, les clowns, les échassiers, les petits pirates et autres saltimbanques aux parures éclectiques! Même les marionnettes géantes avaient l’air de planer sur les vents chauds de l’allégresse!
Quand je les ai vus défiler, tout sourire, je me suis sentie pousser des ailes, moi aussi. C’était joyeux et vif, touchant et tellement, tellement… humain!
Les gamines de Weymontachie dans leurs canots d’écorce, la punkette de Montréal faisant la pitre pour faire rire les enfants qui contemplaient la parade ébahis, les troubadours de Saint-Aubin, ouvrant la marche la tête haute, le grand chameau, les visages barriolés… Encore! Encore!
Un conventum de Cirque du Monde Québec dans la petite ville BCBG de Baie-Saint-Paul? J’adore!
Cirque du Monde, ce n’est pas une aventure banale. Il y a plusieurs années, quand j’essayais de rester réveillée durant mes cours d’université, une amie à moi, avec qui je cognais des clous à l’occasion, m’avait fait sortir de ma torpeur en m’annonçant son départ imminent pour le Brésil.
C’est Cirque du Monde qui l’y envoyait, sur la base de ses connaissances sommaires en clownerie de toutes sortes. Bien heureuse pour elle, j’étais quand même dubitative. Aide humanitaire et cirque pouvaient-ils vraiment faire quoi que ce soit contre la pauvreté, la souffance, la violence?
Pendant plusieurs mois, je n’ai pas entendu parler d’elle.
Puis elle est revenue, les favelas plein les yeux, le cirque tatoué sur l’âme, le coeur déjà ailleurs.
Et elle m’a raconté… Le plus improbable des mariages portait fruits!
Elle m’a raconté les gamins écorchés vifs, prestement rafistolés avec un nez rouge, quelques pirouettes et l’impression de faire quelque chose de bien.
Elle m’a raconté, l’oeil brillant comme un diamant, un cirque invraisemblable jailli de la poussière des bidonvilles. Une pause pour la peur, la honte et le mal-être des petites personnes laissées pour compte. Le renversement de la vapeur par la semaille de l’estime de soi. Un tout petit caillou dans l’engrenage du karma!
J’avais plus que des favelas dans les yeux après son récit. J’avais l’envie, un peu, mais surtout un grand bonheur de savoir que ça existait, tout court. Et non seulement au Brésil, mais aussi au Liban, en Mongolie, au Mexique, au Cameroun, au Burkina Faso, à Singapour… À Montréal, à Québec, à Drummondville et depuis peu, à Baie-Saint-Paul!
Les jeunes qu’on a vus défiler dans Baie-Saint-Paul n’ont pas grand’chose à voir avec les rejetons des zones grises de Sao Paulo. Peut-être qu’ils ont leurs zones grises, eux aussi, mais quel ado n’a pas de zone grise? Quel humain n’en a pas?
N’empêche, en plein soleil, samedi, ils n’étaient tous que lumière!
« Au-delà de l’individu, les impacts de Cirque du Monde se perçoivent au niveau collectif : solidarité, travail en équipe, respect des pairs. On en voit également des effets au niveau communautaire : réconciliation de jeunes de milieux opposés, changement dans la perception de la communauté vis-à-vis des jeunes à risque et mise sur pied d’un dialogue entre la communauté et les jeunes », peut-on lire sur le site du Cirque du Soleil sous l’onglet Cirque du Monde.
Quand une multinationale multimilliardaire multiplie les initiatives comme celle-là, je me dis que ce ne sont pas tous les riches qui sont croches. Même si tout le monde a ses zones d’ombre, quand on sème du bon, on devrait récolter des fleurs sans le pot!
Oui, le gourou du Cirque est riche comme Crésus, il joue au poker, il a trompé son ex-femme et tralalère, mais ne fait-on pas preuve de mauvaise foi en sous-entendant que ses bonnes oeuvres ne sont que des façons de sauver la face et de l’impôt?
Entre nous, il aurait carrément les moyens de s’en foutre, mais non! Il sème des sourires sur les beaux visages des gamins du monde qui avaient oublié de s’amuser. Partout où le Cirque du Soleil essaime, il invite des jeunes de familles moins bien nanties à venir assister au spectacle. Avec sa fondation One drop, il fait jaillir l’eau du désert. Ce n’est pas un saint, non, mais il fait des choses bien.
À ce compte-là, on s’en fout un peu des rumeurs sur ses moeurs dissolues, non?


4 Juin 2009 à 2:46 pm
Emilie,
Quel style, quel article! Bravo pour ton article sur le cirque du monde et les moeurs du pdg du cirque du soleil.
J’adore,
Salut
Carole