« Règlementaire », mais de mauvais « gout » (n’ajustez pas votre chronique)
La réforme de l’orthographe est une absurdité que je ne m’explique pas. Les bonzes de l’Académie française se tournent-ils à ce point les pouces qu’ils ont besoin de torpiller les règles acquises?Eux qui se prosternent devant Balzac, Rousseau et Montaigne n’ont-ils pas honte de défigurer les « nénufars », de piller les « ognons », de déchapeauter le « paraitre »? Ils me donnent de l’ « exéma », dis donc, avec leur révolution du bien écrit en forme d’ « iglou » sans porte ni fenêtre. Un « guetapens », leur lubie! Et un « évènement » qui pourrait « couter » cher . Antidote, cet extraordinaire logiciel de correction informatique, ne saura plus où donner du soulignement!
Quels sont donc les arguments bien pesés des grands linguistes de ce monde, qui aspirent à la Shop Vac des siècles de littérature?
Mes condoléances à l’accent circonflexe qui n’aura désormais plus le droit de coiffer le i et le u. « Couteux » « abime » que le « gout » des uns nous impose. « Un évènement »! De la fine coiffure, je vous dis! Couper aussi bien les cheveux en quatre relève du génie… ou du délire.
Je me mets dans la peau des gamins qui seront fiers de savoir écrire sans faute cette phrase (ou une autre):
Les après-midi d’été, on n’entend pas le tic-tac des coucous, mais on s’entraîne à appeler les extra-terrestres.
Le gros voyant rouge sur le pupitre de la maîtresse (euh, pardon, «maitresse ») s’allumera soudain. « Ben voyons, petit Pierre, il y a quatre fautes dans ta phrase, c’est inacceptable! L’orthographe correcte est la suivante, une évidence! »
Les aprèsmidis d’été, on n’entend pas le tictac des coucous, mais on s’entraine à appeler les extraterrestres.
Bonjour la confusion!
Serons-nous vraiment moins cancres parce qu’on bousille quelques règles un peu moins simples que les autres?
Les avis sont partagés. D’un côté, on salue ces 2000 changements cloués au pilori du progrès. De l’autre, on appréhende le bordel.
Je me range du côté des sceptiques.
Si nos enfants ne sont pas capables d’apprendre le français, ce n’est pas à cause de la langue! Les enfants d’avant n’étaient ni plus ni moins intelligents que ceux d’aujourd’hui et nombre d’entre eux, dont je suis, écrivent, sinon sans faute, très décemment. Peut-être qu’on devrait questionner la méthode? Et le fait que les enfants passent plus de temps devant la télé ou l’ordinateur que le nez plongé dans les Malheurs de Sophie, Tintin au pays des Soviets ou Ani Croche?
La langue française est un brin farouche. Si on l’aime, on doit l’apprivoiser. Ce n’est pas facile et peu y parviendront jusque dans les moindres détails, mais c’est pour ça qu’il y a des linguistes, des correcteurs, des rédacteurs professionnels… De nobles boulots!
M’est avis que la réforme ne fera pas disparaître cette race de puristes et c’est tant mieux. Mais quel casse-tête pour eux aussi!
Le nivellement vers le bas n’a jamais servi personne. C’est un peu comme si on baissait les bras, qu’on admettait que notre capacité d’apprendre s’est fait la malle quelque part dans la deuxième demie du 20e siècle et que pour ne pas avoir l’air sot, la meilleure chose à faire est de rendre la faute acceptable.
On a ouvert toutes grandes les pages du dictionnaire au week-end (pardon « weekend », selon la nouvelle orthographe qui en rajoute!), au web et autres t-shirt et on en chasse les nénuphars, les joailliers, les corrolles et autres bijoux qui ornementent si bellement une langue qui ne mérite pas qu’on la varlope.
Je ne « cèderai » pas à la tentation de dégainer mon « révolver », ce serait par trop violent, mais laissez-moi suggérer à nos têtes grises de l’Académie française d’ « époussèter » leurs bibliothèques plutôt que de semer l’ « ambigüité » dans la francophonie!
Vous voulez savoir où on s’en va avec tout ça?
Visitez le www.orthographe-recommandee.info/miniguide.pdf.
Déboussolant.

