Je persévère, tu persévères, nous persévérons
C’est la Semaine de la persévérance scolaire. Une semaine pour un mot avec autant de « é », pourquoi pas. Ça rime d’un bout à l’autre cette affaire-là. Et c’est presque facile à prononcer. Bien que si on y va très vite et à répétition, on ne sait plus trop à combien de « é » on en est…
C’est un peu comme aller à l’école. On y va longtemps à l’école, même quand ce n’est pas long. On commence haut comme trois pommes, gorgé de fierté et de pépins d’enthousiasme. On sautille en attendant l’autobus et on se penche par en avant pour arriver à grimper les marches sans se retrouver couché sur notre sac à dos. On aime notre professeur, on aime notre chauffeur de bus, on aime la secrétaire, on aime le concierge, le directeur, le gymnase, le prof d’éduc, les clôtures de la cour de récré, le vieil arbre au coin du mur, la couleur de l’école, la grandeur des casiers, les livres de la biblio et même le son de la cloche. Quant au mot persévérance, ça ne nous dit pas grand-chose, sinon que ça commence par un P comme pppomme et pppépin.
Et puis, c’est la longue randonnée dans années primaires. Un petit paquet d’amis, des tas de récréations, quelques jours de tempête, des moments mémorablement beaux, d’autres mémorablement blessants. 7 ans à trottiner d’une classe à l’autre, additionnant de petits morceaux de connaissance comme autant de petites victoires arrachées à l’heure des devoirs.
Ensuite, on devient plus long d’un peu partout. On a encore le dos courbé vers l’avant, mais c’est dorénavant une question de style. On se traîne un peu les pieds même si on peut courir vraiment vite. Et si l’école est une routine bien assimilée, c’est quand même parfois un peu barbant. Encore le style. On apprend des choses plus compliquées et tout semble devenir plus sérieux. Il y a les fins de session, les périodes d’examens et les demandes d’admission au cégep. On doit bientôt savoir ce qu’on va faire de notre vie même si on n’en a aucune idée. C’est souvent quand on gagne en longueur qu’on perd de l’intérêt pour les bancs d’école. On souhaite plus de concret, plus d’aventure, de sous ou de liberté. Selon notre style, l’école nous rapporte des intérêts ou en perd.
Mon petit homme de 6 ans, le cœur rempli de pppépins d’enthousiasme, ne sait pas ce que ça veut dire persévérer. Je lui ai demandé. Un silence, de grands yeux et des sourcils en point d’interrogation. Il ne connaît pas la définition du mot. Pourtant, il persévère. Des matins, la persévérance est inutile puisque tout se fait tout seul. D’autres jours par contre, la persévérance prend tout son sens et réclame un petit coup de pouce. Évidemment, pour le moment, il est obligé. C’est la Loi. Un jour pourtant, il pourra choisir. « Je continue ou j’arrête? Ça fait tellement longtemps que j’y suis. J’ai perdu mes pppépins », dira-t-il peut-être.
Persévérance rime avec espérance. Constance, ténacité en sont des synonymes. L’école, même quand c’est court, c’est long. Elle dure des années en fait. L’école, c’est la persévérance. Chaque jour de l’année scolaire, la routine, les devoirs et les apprentissages. Comme une longue aventure. C’est d’ailleurs l’un des grands dossiers de la vie. Rarement fera-t-on quelque chose aussi longtemps qu’aller à l’école. À part travailler peut-être, et élever ses enfants. Les enfants. Eux qui apprennent la persévérance avant de savoir l’épeler. Et qui comptent sur nous pour apprendre à le conjuguer sans trop de pppépins.

