Banquette pour trois

Parfois, la réalité nous rattrape avant d’avoir fait son temps. Il y a encore quelques jours à peine, j’étais catégorique : ma voiture était parfaitement familiale. Et même si mon amoureux disait se préparer mentalement à un grand changement, je demeurais catégorique. N’en déplaise à la force du moteur, notre banquette arrière compte trois places et peut donc contenir trois enfants. Vraiment facile comme calcul mental! On vient d’économiser des milliers de dollars.

Mais voilà. La semaine dernière, trois enfants de moins de cinq ans ont pris place sur la banquette arrière de notre polyvalent véhicule. Il s’agissait de covoiturage en agréable compagnie pour mes bambins et moi : petite cousine et sa maman faisaient la route avec nous. Un petit deux heures à tenir entre le Saguenay et Charlevoix. Rien d’extraordinaire ni d’impossible et des conditions routières accommodantes. La routine, quoi. Rapidement cependant, l’aventure est devenue un test pour le véhicule familial.

D’abord, les bagages. Jusqu’au  plafond s’il-vous-plaît! Et gardez votre manteau sur vos genoux. Deux valises, un sac à couches, deux petits sacs à dos, un sac d’école, un super-traîneau (cadeau de grand-papa), quelques doudous et nous voilà avec un rétroviseur complètement inutile. Par chance, le sac de chaussures et les repas dépanneurs offerts par ma mère ont  été oubliés sur la table. Ça promet pour notre prochaine sortie de camping ou les voyages avec les skis de papa…

Ensuite, la banquette arrière. Il y avait bien de la place pour les deux bancs d’appoint de mes bambins et le siège d’auto de petite cousine. Le défi a été d’attacher cet équipement solidement selon les normes sans s’arracher les mains. La chose faite, je constate avec satisfaction que tout est possible, du moment qu’on y va dans l’ordre et qu’on n’est pas éternellement enceinte de sept mois et demi.

Et c’est donc dans un ordre militaire que les enfants ont pris place. Après quelques minutes de cafouillage à harnacher tout ce petit monde, nous constatons en riant que la scène mériterait une photo. Encore sages, les enfants sont beaux à voir ainsi cordés.

Maintenant, à notre tour de prendre place, les genoux coincés. Le grand départ sonne enfin et nous roulons en papotant, heureuses que deux des trois trésors assis derrière choisissent de dormir. Finalement, tout se passe bien jusqu’à la moitié du chemin. C’est à ce moment que l’enfant sans sommeil, alias Terrible Two, nous fait savoir qu’elle en a assez de recevoir la tête de son frère sur son épaule. « Il touche à mon manteau. Ma doudouce est pris. Mon ourson est tombé. J’ai soif. Il touche à mon manteau. IL TOUCHE À MON MANTEAUUUUUUU ». À force de tempêter, mademoiselle réveille petite cousine, qui garde son calme et trouve la scène très drôle, et son grand frère, qui nous rappelle à force de commentaires maussades que cette fin de séjour chez ses grands-parents ne fait nullement son bonheur.

Alors voilà, si la banquette arrière fait toujours son travail, force est d’admettre que l’habitacle de notre incroyable véhicule familial est assez petit. Pendant que Shilvie chante sa bonne humeur, mes deux bambins s’alignent pour une dispute en règle et échangent même quelques coups. Nos oreilles de mamans en ont vite marre et n’en déplaise aux conseils de Dre Nadia, nous menaçons de laisser les deux plus vieux en pleine forêt de Sagard avec les loups. Inquiète, Terrible Two accepte enfin de partager sa manche de manteau encore quelques kilomètres. Un habitacle d’une grandeur intense, très intense…

À peine sommes-nous entrés dans la maison que papa est rapidement mis au courant des limites de notre véhicule familial. Limites qui n’ont rien à voir avec sa fiabilité ou sa tenue de route. Quelques jours plus tard, armés de notre ruban à mesurer, nous nous assoyons en famille, siège du bébé à venir inclus, dans des véhicules plus spacieux. Nous mesurons les banquettes arrière… et restons cois d’admiration devant les dimensions des habitacles et surtout, surtout, l’espace entre les oreilles du conducteur et la banquette arrière.

 

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