Manufacture à cochonneries

Il y a des jours où ça m’exaspère vraiment. Tous ces bidules, jouets, appareils électroniques ou vêtements qu’on achète à petit prix pour découvrir dès la première utilisation qu’ils n’auront qu’une vie courte, que dis-je, très courte.

Un grille-pain froid, des pantalons moutonnés âgés de trois jours, un chandail aux coutures ouvertes après le premier lavage, un camion jouet sans roues au bout de 200 mètres de plancher de bois, un presse-ail fissuré (!?), un crayon fatigué avant d’avoir noirci un calepin, un tournevis plié ou une radio incapable de retenir le 105,9 lorsque les enfants courent dans la maison… Soupir!

Et ça me rappelle ce jour où j’avais besoin d’un nouvel ouvre-boîte. Juste un ouvre-boîte. « Dans ce qu’il y a de moins compliqué et de plus efficace, je vous prie! ». Mais souhaiter choisir la relève d’un ancien outil inoubliable en cinq minutes est souvent trop demander dans nos grandes surfaces des années 2000. Pourquoi faire simple quand on peut si facilement nous compliquer la vie? La fausse impression de bonheur est dans le choix toujours plus grand et les prix ridicules des plus belles cochonneries…

Pourtant, cette fois de l’ouvre-boîte, je voulais le modèle de base qui a fait ses preuves : celui avec les deux roulettes, une qui coupe et l’autre qui agrippe, qui s’ouvre comme des ciseaux et dont la poignée assure le succès de l’opération au fil des générations et des sauces à spaghetti. Mais voilà, l’étagère des outils de cuisine ne finissait plus, les modèles se succédaient et affichaient tous les prix. Horizontal, électrique, gros, petit, jaune ou vert, en acier, en aluminium ou en plastique, de luxe, léger ou lourd, jetable, biodégradable, équitable ou aiguisable… Pourquoi, alors que je cherche un ouvre-boîte, ai-je l’impression de magasiner une voiture? Un achat de quelques secondes qui s’est éternisé finalement en de longues minutes avec un bébé impatient dans le panier. Et il y avait le commis qui tentait de m’éclairer dans mon choix avec une argumentation digne d’un marchand de meubles excité par sa commission. Le tout pour un achat de quelques dollars, pour un bidule indispensable que des illuminés de la business s’entêtent à vouloir réinventer chaque année alors que l’un des tout premiers modèles brevetés est un succès depuis l’invention de la boîte de conserve.

Finalement, ce jour-là, j’ai déniché le modèle traditionnel, celui que je voulais depuis le début, coincé entre des outils de la même famille conçus pour-le-plaisir-des-cuisiniers-amants-de-gadgets-inefficaces-et-hors-de-prix. Une expérience qui permet de saisir, encore une fois, que la planète consommation est virée sur le capot. Le bonheur est dans le choix qu’on a et dans l’impression d’aubaine. On achète parce que tout à coup, le besoin s’en fait sentir. On répond à pieds joints aux slogans des vendeurs et des firmes de publicité. Et les trucs s’empilent sans raison, étouffant les regrets cachés derrière les prix dérisoires payés.

En ce moment, j’ai ma balayeuse qui montre que le plastique dont elle est majoritairement constituée a ses limites et plusieurs des jouets  que nous hébergeons mériteraient un atelier de réparation. Force est de constater que malgré certains efforts d’épuration, ma famille subit elle aussi les débordements de la manufacture à cochonneries. Et vraiment, il y a des jours où j’en ai vraiment assez de servir d’entrepôt à des objets incompétents.

Si on étiquette les aliments bios et ceux qui poussent au Québec… ne pourrait-il pas y avoir aussi un logo pour les jolies cochonneries?

 

 

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