21 novembre illuminé
Ces dernières semaines, je perds de la crédibilité auprès de mes enfants. Ils regardent d’un œil sévère la pelouse encore verte et ne cessent de me demander quand l’hiver va arriver. Je n’avais pourtant rien promis, bien que j’aie sorti les traîneaux lors des tempêtes d’octobre dernier. Appuyés depuis ce temps sur le mur de la maison, ils narguent l’automne et témoignent de notre naïveté à attendre l’hiver avant le 21 décembre. Des arguments qui s’ajoutent aux habits de neige suspendus depuis un mois dans l’entrée et aux mitaines doublées patientant dans le bac à foulards. Pour eux, l’Halloween était la date butoir avant l’arrivée officielle des bancs de neige.
Je retiens encore un peu mes histoires de pluie le soir du 24 décembre, de conditions désastreuses de verglas la veille du Nouvel An et de début de vacances des Fêtes sans neige… Ils découvriront bien assez tôt que Dame nature fait parfois faux bond aux toits enneigés et aux atmosphères feutrées. Je les laisse espérer les flocons, profiter de leurs gants d’automne, feuilleter à loisir le catalogue de Noël de Sears et faire danser notre père Noël mécanique. Car attendre l’hiver fait aussi partie du plaisir, même si quand on est tout petit (ou mordus de ski), on pense ne plus pouvoir attendre davantage.
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Et si l’hiver et le froid se font désirer, j’ai quand même choisi d’imiter quelques voisins et de me lancer dans l’installation des décorations de Noël extérieures. L’argument majeur étant de profiter de la clémence de mère nature envers cette tâche qui nous congèle habituellement le bout des doigts. Mais encore une fois, ma crédibilité en a pris un coup… Car je ne sais pas ce qui est arrivé entre le mois de décembre de l’an dernier et la journée de vendredi, mais étrangement, tous mes ensembles de lumières se sont illuminés dès le premier branchement à la sortie des boîtes. Pourtant, j’avais revu à la baisse l’an dernier le déploiement lumineux devant le nombre incalculable d’ampoules hors d’usage et les longues sections invalides. Cette année, les ampoules brillent de tous leurs feux et c’est l’espace qui manque pour les accrocher. Étrange ! Surtout que j’ai la vague impression que je fulminerai le 23 décembre au soir au milieu de mes jeux de lumières soudainement devenue invalide et mes doigts congelés…
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Et fiers de nos installations lumineuses, mon plus vieux m’a démontré qu’il était assez grand pour devenir opérateur du décor. À peine le soleil en déclin, nos quelques centaines d’ampoules se sont illuminées comme par magie, sans que j’aie besoin de me pointer le nez dehors ou d’acheter une minuterie.
En revenant de travailler avec son vélo, papa est cependant demeuré perplexe devant cet éblouissant décor de 21 novembre… « C’est un peu tôt, non ? » J’admets du bout des lèvres que nous sommes ponctuels. Surtout ça la neige, ça craint un peu…
Bon d’accord, on s’entend pour que notre jeune opérateur ne reprenne du service que le 1er décembre, en même temps que la musique de Noël à la radio, avec ou sans neige… Surtout que j’ai la vague et inquiétante impression que toutes ces belles lumières vont s’éteindre avec le premier moins 10 degrés promis par madame météo… C’est parfois impressionnant de constater qu’en 2009, avec tous les progrès de la science, il y a encore des aberrations comme le fait que nous ne roulons pas en véhicule électrique et que les lumières de Noël soient conçues pour nous faire interpeller tous les saints avant le 25 décembre…

