Devant la porte!

Juste devant la porte. C’est le fantasme de tout automobiliste. N’avoir à faire que quelques pas entre la voiture et le magasin de chaussures ou l’épicerie. Un fantasme très urbain, si on peut dire, puisqu’en région, il se réalise régulièrement. Si Baie-Saint-Paul nous a appris à chercher des stationnements ailleurs que dans la rue Saint-Jean-Baptiste, il reste encore du chemin à faire pour faire comprendre le principe aux automobilistes de La Malbaie. Encore aujourd’hui, un premier passage dans le centre-ville nous permet une fois sur deux de trouver rapidement une place pour sa voiture. Sinon, scandale, on se résigne en bougonnant à marcher 42 secondes de plus que les 24 souhaitées au départ.

Mais il y a un danger à réaliser régulièrement ses fantasmes d’automobiliste. On en oublie d’abord que ce n’est pas la norme dans les centres urbains d’être stationné devant la porte du lieu visité ou de l’endroit  où on travaille. On oublie aussi que 400 mètres, ce n’est pas seulement une discipline olympique, c’est à peine deux coins de rue ou trois minutes et demie d’exercice physique pour son podomètre ou son défi 5/30. Sans compter que c’est à peine l’équivalent des stationnements de centres commerciaux des grandes villes. Ce genre de stationnement que nous visitons tous sans bougonner, même si nous sommes garés dans la dernière rangée et que nous avons perdu 17 minutes de notre précieux temps à tenter d’y accéder et à y chercher un espace de stationnement.

Mais si je parle du plaisir d’être stationné devant la porte, c’est qu’en ce moment à La Malbaie, c’est l’enfer pour certains. Le centre-ville regorge de véhicules qui veulent tous être stationnés à 112 pas maxim du  lieu de travail. Résultat, impossible de trouver stationnement à son pied entre 9 h et 17 h dans la première portion de la rue Saint-Étienne. Surtout depuis que la fabrique, qui en avait marre de voir tout le monde utiliser son stationnement sans souci des offices et des obsèques, a mis en vente des vignettes et assure la surveillance de ses espaces. Résultat, plusieurs travailleurs du secteur se stationnent dans la rue, privant certains commerces de leurs vitaux espaces devant la porte et obligeant la clientèle à s’exiler dans le quadrilatère à la recherche d’un espace qui s’éloigne de plus en plus du but de la visite.

Une situation d’autant plus inusitée que le stationnement du centre culturel est presque entièrement vide, lui qui n’est qu’à 2 minutes de marche lente du centre communautaire et de l’accueil Bellerive et à 5 minutes de marche rapide de l’hôpital de La Malbaie.

Une situation d’autant plus inusitée qu’il suffit de comparer sa visite dans les centres-villes de Charlevoix à son passage dans le Vieux Québec ou au CHUL pour constater que nous sommes pourris gâtés. Par exemple, je ne compte aucun délai de stationnement pour ma visite chez un commerçant du secteur, même si les espaces sont rares. Par contre, je prévois au moins 20 minutes de plus pour un rendez-vous au CHUL. Et avec le trafic, le stationnement à trois feux de circulation de ma destination et les huit corridors d’hôpitaux à traverser, je serais en retard de dix minutes et permettrait au patient suivant de passer avant moi.  

Ici, la Ville de La Malbaie a réfléchi à l’idée d’instaurer des limites de temps pour certains espaces, mais une telle mesure demande des ressources pour assurer la surveillance, ce qu’elle n’a pas. On jongle donc à ce fabuleux problème, qui ne semble avoir de solution que dans la conception que les automobilistes se font du super-stationnement devant la porte et dans la conscience des employeurs du secteur qui devront bien, tôt ou tard, regarder plus loin que leur propre cour.

Reste qu’en fin d’après-midi, j’ai des courses à faire… Je vais sûrement tenter d’obtenir le stationnement le plus près possible des commerces à visiter, celui qui se trouve juste devant la porte. Ben quoi, on peut toujours rêver!

 

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