« Le bon vieux temps »?

Lundi devant l’hôtel de ville de Clermont, l’heure était solennelle : on honorait la syndicaliste Laure Gaudreault par le dévoilement d’un buste. La cérémonie a permis de rappeler les conditions de travail des « maîtresses d’école » de l’époque. Ce que certains qualifiaient et qualifient encore du « bon vieux temps » n’était en fait pas si merveilleux que ça si on en croit les efforts de Laure et de ses compagnes  pour fairer changer les choses. Car au-delà du patrimoine, avouons que les souvenirs de nos grands-mères ne sont pas seulement bucoliques.

En parlant de grand-mère, la mienne avait plusieurs anecdotes assez intéressantes sur l’école de rang. Elle nous racontait que lorsqu’elle était toute jeune, ses frères et elle avaient la tâche d’allumer le poêle avant l’arrivée de la maîtresse et des autres écoliers puisqu’ils habitaient le plus près. S’ensuivaient des fous rires dont elle seule connaissait l’origine et qui nous rappelaient que cette mère de famille à l’âge vénérable avait déjà été une gamine espiègle.

Elle nous racontait qu’une fois ses études terminées, elle avait enseigné à son tour, faisant face à des élèves de différents niveaux pour un salaire dérisoire qui a fondu à mesure que s’aggravait la Grande Crise des années 1930. 17 ans et une classe pleine d’élèves. L’imaginer du haut de ses 5 pieds et des poussières diriger et instruire des dizaines d’écoliers dont plusieurs étaient inévitablement plus grands qu’elle m’impressionnait. Parfois, elle admettait que c’avait été difficile.

Dans ce temps-là, avant les syndicats, les femmes cessaient d’enseigner lorsqu’elles se mariaient, lorsqu’elles étaient enceintes.

À l’époque, les salaires changeaient d’une école à l’autre selon le bon vouloir des commissaires en place. Une époque où les maîtresses d’école de la Gaspésie et des autres régions du Québec gagnaient moins que celles qui travaillaient en ville, à Québec ou Montréal. À cette époque, les parents pouvaient arriver à toute heure du jour pour chicaner la maîtresse qui avait sermonné leur petit. Et les instituteurs gagnaient plus que les institutrices.

Un « bon vieux temps » qui nous fait réaliser à quel point les choses ont changé, à quel point les mentalités ont évolué et à quel point ce sont ces petites guerres d’hier qui ont fait les conditions de travail d’aujourd’hui. À l’époque, certaines maîtresses d’école s’exilaient loin de leur famille pour enseigner. Il y avait des règles à respecter. Mariette Gélinas de l’Association des retraités de l’éducation mentionne qu’elles devaient avoir une vie exemplaire. « Elles avaient la vocation, car oui c’était une vocation », souligne-t-elle.

Et au-delà des conditions de travail améliorées, l’œuvre de Laure Gaudreault est d’autant plus impressionnante que de ses initiatives sont nées certaines des centrales syndicales les plus influentes du Québec.

Les enfants étant ce qu’ils sont, la tâche des enseignantes et enseignants de l’époque avait une importance primordiale, tout comme aujourd’hui. Si, comme le dit Roland Martel, des générations de syndicalistes ont permis d’offrir aux enseignantes et enseignants les conditions de travail actuelles, des générations d’enfants passées et à venir justifient qu’on se préoccupe encore aujourd’hui de nos « maîtresses d’école ». 

 

 

2 commentaires pour “« Le bon vieux temps »?”

  1. Denis Lavoie dit :

    Bonjour Brigitte,
    J’ai découvert ton blogue par l’entremise du magazine de l’AREQ,”Quoi de neuf?”
    J’ai lu tes commentaires sur le dévoilement d’un buste à la mémoire de Laure Conan et l’expérience de ta grand-mère en enseignement. Tu aurais pu comparer avec l’expérience de ta mère qui, elle aussi, a enseigné.
    Le “bon vieux temps” comme tu l’appelles est encore celui de bien des enseignant(e)s d’aujourd’hui: classe surchargée, des enfants qui ont de plus en plus de problèmes d’apprentissage ou de comportement ou d’hyperactivité ou d’innatention…des programmes dictés par le Ministère qui ne font que faire reculer les apprentissages…des salaires qui attirent de moins en moins de jeunes …bref, sans faire le tour de tout l’enseignement qui se donne dans nos écoles, il faut être fier et encourager toutes ces “maîtresses” et ces maîtres qui oeuvrent auprès de nos jeunes avec un si grand dévouement.
    Dans cinquante ans, nous parlerons des années qu’on vit actuellement comme du “bon vieux temps”.Déjà, je me rappelle de ce temps ou une belle petite blonde studieuse travaillait dans la joie dans une classe de deuxième année de l’école St-Louis.
    Au plaisir de te relire dans un autre commentaire.

    Denis Lavoie

    P.S.:Qu’est-il advenu du Nounours qui visitait ta boîte de compost et qui piétinait sans gêne ton chemin de pierres plates?

  2. brigitte dit :

    Mon ancien professeur!!!

    C’est vrai qu’il y en aurait encore beaucoup à dire sur le “bon temps” des enseignants d’aujourd’hui. Je garde la suggestion dans mon tiroir à sujets pour une prochaine chronique.

    Quant aux ours, ils ont finalement pris le chemin des bois pour l’hiver vers la fin octobre… après avoir vidé tous les mascos derrière la maison. Il faut dire que nous avons construit notre maison tout près de leur “autoroute” et que la haie de mascos qui borde la forêt voisine est un garde-manger de choix. Finalement, même si certains croient que nous avons eu tort de ne pas faire un carnage, nous avons appris cet automne à vivre avec la faune, à tenter de la comprendre et à faire preuve de beaucoup de vigilance. Et nous comptons abattre quelques masco d’ici l’an prochain et faire des pauses de compostage à tous les automnes pour éviter de devenir une halte intéressante.

    Sur ce, passez de joyeuses fêtes!

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