Veuves de ski
Elle nous l’a avoué. Germaine, (nom fictif) en avait légèrement marre de voir les semaines et les fins de semaine s’envoler en sorties de ski où il était difficile de s’intégrer. Malgré les yeux attristés de son sportif de mari, elle se réjouit de l’arrivée du mois d’avril et des chaudes journées du printemps. Si elle constate avec satisfaction que le soleil fait tranquillement son œuvre, son enthousiasme a atteint un degré sans précédent lorsque dimanche, son mari est revenu de la station tôt en affirmant que c’était bel et bien sa dernière sortie de ski de fond. « Se pourrait-il qu’il y ait un Dieu pour les femmes de fondeurs? » furent les paroles qu’elle s’adressa à elle-même.
Quelques maisons plus loin, Bertha (autre nom fictif) est quant à elle sur le point de soudoyer la SQ pour qu’elle lui suspende son permis de conduire. Elle n’en peut plus de faire les allers-retours entre la maison et la station, ses ados taciturnes et leurs amis entassés dans sa minifourgonnette. De légers mercis, à peine un bonjour. Son travail de mère taxi lui pèse de plus en plus et son humeur attrape le rhume à mesure que s’adoucissent les conditions de ski. Si elle aime bien elle-même glisser sur les pistes, les petites demi-journées lui suffiraient puisqu’elle arbore les retours à la maison fatiguée avec l’évier de cuisine rempli des restes de lunch de la famille et la pile de vêtements humides abandonnée pêle-mêle à côté du poêle à bois.
Pendant qu’elle astique la maisonnée et qu’elle tente de profiter du week-end avec ses enfants, Rosalie (encore un nom fictif) voit partir la voiture familiale pour le centre de ski. Il arrive parfois que la jeune famille accompagne papa, mais les horaires du sportif sont difficiles à concilier avec la routine des bambins. Après quelques crises mémorables du plus jeune dans la salle de fartage, du jus de pommes renversé dans les bottes de ski, des doigts sous le point de congélation et l’épuisante traversée du stationnement avec les bébés (et les skis) dans les bras, la jeune maman a opté pour le sacrifice de sa forme physique plutôt que pour la garderie de la station. La petite famille est unanime et encourage leur sportif de papa avec dévotion, mais piétine d’impatience qu’avril laisse papa et ses skis à la maison. Du coup, la figure paternelle aura aussi à supporter les séances de balayeuse dominicale et proposera de grandes et populaires sorties à la piscine.
Évidemment, il y a des avantages à être veuve de ski. D’abord, comme le souligne Germaine, c’est excellent pour la santé… de son mari! Il s’époumone dans les montées et revient, les joues rougies, heureux d’avoir respiré le grand air. Il n’a évidemment pas beaucoup de temps l’hiver pour rénover la salle de bain, mais sa forme physique est un avantage indéniable pour les travaux de jardinage qu’elle dirige avec énergie l’été venu. Bertha constate quant à elle avec satisfaction que ses ados passent plus de temps dehors qu’avec leur console Wii une fois la fin de semaine arrivée. Et il y a aussi des journées formidables de poudreuse où sa bande revient exténuée et se couche à l’heure des poules, lui laissant la télévision pour elle toute seule! Rosalie, elle, constate que son homme est heureux comme un enfant. Et elle en profite pour comptabiliser secrètement ces heures où elle tient seule le fort et qui lui fournissent des munitions précieuses pour revendiquer ses quelques sorties mensuelles!
Mais un nouveau nuage plane à l’horizon pour les familles de skieurs… Car messieurs les sportifs, ces femmes ne sont pas dupes! Avril a beau neiger un peu, elles se doutaient bien qu’un jour votre penchant pour les skis effilés allait vous amener à rêver au Tour de France ou à une épreuve de vélo de montage avec Marie-Hélène Prémont.
C’est d’ailleurs Germaine qui a sonné l’alarme la première. À peine revenu du ski, son mari s’est mis à flatter le vieux 10 vitesses qu’il s’était achetées il y a quelques années. « Je vais me mettre au vélo de route. Pour garder la forme en vue de la saison de ski de fond », de lui dire son époux. Germaine de soupirer et de se dire que « finalement, il y a vraiment un Dieu pour les femmes de fondeurs. Je n’aurais pas le choix moi aussi de me mettre en forme puisqu’il faudra bien quelqu’un pour travailler au jardin! »


9 Avril 2009 à 7:02 pm
Vraiment bon comme chronique!!!
J’aimerais bien savoir d’où viennent tes belles inspirations.