Petit et heureux?
Est-ce que je vous ai déjà raconté mon primaire? Il me semble que non… Enfin, ce fut un primaire comme il y en a plein. Une école pas trop grande, à quelques kilomètres en autobus de la maison. Pour l’époque, les années 1980 (mon Dieu, j’ai l’air vieille…) et la localité, c’était une petite école. Une classe par année. Des groupes qui voisinaient les 25 à 28 élèves. 150 enfants au total. Aux alentours, il y avait peu d’arrivées et de départs. La majorité des enfants qui se sont pointés le nez en maternelle étaient toujours là sept ans plus tard dans la classe de 6e année.
Dans ce noyau dur, quelques clans selon le quartier ou la campagne. Il y a des jours où on se détestait. Vraiment! D’autres où on se tolérait. À peine! Et d’autres où on s’aimait. Évidemment! Mais je n’étais pas dans les favorites, alors…
Une fois lâchées dans la grande polyvalente, très peu d’amitiés ont survécu. De notre ancien noyau dur de filles, créé par nécessité, sont nés quelques mémorables bagarres verbales et physiques. Il y a des jours où l’animosité était trop forte. Nous imposer sept ans de voisinage avait laissé des marques. Heureusement, la polyvalente, les différents horaires d’autobus, les cégeps aux quatre coins du Québec, nos expériences réciproques et l’âge ont tiédi la rancune. Mais même avec le recul de deux décennies et quelques micromillimètres de sagesse, oubliez les confettis et les retrouvailles heureuses. Pour les rencontres imprévues, la politesse prime avec froideur.
À certains moments durant mon primaire, socialiser était un verbe difficile à épeler. La petite école et le noyau dur, c’était parfois, aussi, l’enfer sur terre. Est-ce que c’était pire parce que nous étions peu d’élèves? J’ai toujours cru que oui. Un gros préjugé en défaveur des petites écoles.
Mais depuis quelques années, je doute. Comme la semaine dernière à Notre-Dame-des-Monts. Il y avait là, pour la rencontre avec la Commission scolaire, des parents enchantés des progrès de leurs enfants dans les classes à niveaux multiples, d’autres méfiants devant la multiplication des niveaux. Il y avait des professeurs heureux de leur sort dans leur petite école de village, satisfaits des apprentissages de leurs protégés. Vraiment, les élèves aiment faire leur primaire dans des écoles encore plus petites que la mienne?
Au-delà de l’ambiance, c’est la qualité de l’enseignement qui prime, tout comme la réalité économique. Et on le comprend. Au moment de fermer Baie-Sainte-Catherine, les commissaires parlaient évidemment du manque de clientèle, mais aussi de socialisation. Mais est-ce que le bonheur écolier a une taille d’école?
Plusieurs fois par année, des classes nous convoquent avec notre appareil photo pour imprimer leur succès. Petite ou grande école, classes à degrés multiples ou pas, les projets sont impressionnants. Les enseignants et les parents rencontrés témoignent d’un engagement éblouissant. Les élèves ont les yeux qui brillent, sourient à pleines dents pour la photo. Des visions, surtout celles qui sont issues d’écoles beaucoup plus petites que la mienne, sabotent mes préjugés.
Parce que voilà qu’à travers le doute, je me dis que peut-être, finalement, mon école primaire était un peu trop grande pour le bonheur… À moins que ce soit simplement les gamins qui fabriquent les élèves heureux et malheureux avec ce qu’ils ont de gentil et de méchant, peu importe le décor.
Évidemment, lors de mes visites dans les écoles, je suis témoin d’exemples de réussites. Je ne suis pas là au quotidien. Ce quotidien qui fait les chicanes de récré, qui crie les mots méchants, qui compresse les petits cœurs. Ce quotidien qui est parfois l’enfer sur terre, mais qui survient inévitablement dans toutes les écoles, petites ou grandes.
Et mon bambin aura son premier sac à dos d’écolier en 2010-2011. Parce que je fais confiance aux enseignants et à la bonne volonté de la machine scolaire, je m’inquiète davantage pour des possibilités de bonheur de son parcours que de la réalité des classes à niveaux multiples. Est-ce que c’est possible de faire son primaire dans une petite école, de passer des années avec les mêmes élèves ou presque et d’être entièrement heureux ou presque ? Je me fais à l’idée, lentement, mais sûrement.


26 Mars 2009 à 6:48 am
Bon, je vais bloguer avec moi-même…
Il y a une dame qui m’a envoyé un mail concernant cette chronique. Elle y soulignait notamment que notre parcours “construit notre identité”. Que c’est vrai! L’école primaire est l’un de ces passages obligés où les difficultés et les bonheurs rencontrés nous forgent le caractère, nous apprennent à gérer la peine, la joie, l’amitié, les chicanes. La confiance en soi et l’estime de soi, le respect, l’emphatie. Nos relations avec les autres nous font grandir. Et on ne peut garder les enfants dans une bulle de verre… La dame me disait aussi que la communications est essentiel, particulièrement entre les enfants et les parents. C’est très vrai aussi!
Et il y a Martine Vallé, la directrice des services éducatifs de la Commission scolaire de Charlevoix qui me disait cette semaine que chaque groupe d’élèves est différent. La chimie est parfois remarquable, comme elle est parfois inexistante. L’année scolaire se déroule parfois comme un charme, d’autres fois, c’est plus difficile.
Alors voilà, petite ou grande école, enfant ou adulte, le bonheur se fabrique… et il n’y a pas qu’une seule source!