Monsieur télé

Mon ado de bambin gît comme une anguille désespérée de voir revenir la marée. Pour peu, vous croiriez qu’il est blessé. Mais non. Il est seulement très désappointé… Nous avons osé fermer la télé.

L’histoire commence comme une insistante musique de film. Il y a quelques semaines, mon marin d’eau douce a attrapé une intéressante maladie d’enfant. Quelques pages de littérature médicale plus tard, les drôles de plaques, les joues couleur tomate et la fièvre permettent de poser un diagnostic assez précis. Simbab a attrapé la Cinquième maladie. (Sifflement) Nous sommes rapidement impressionnés par cette fantastique projection de ce qui semble être l’un des derniers virus contre lequel le papa de la petite sirène n’a pas inventé de vaccin.

Commence alors un festival du cinéma, grandeur maison. Faisant fi du tapis rouge, mon aventurier exténué s’échoue sur le divan, n’ayant d’yeux que pour Peter Pan. Mais ce dernier, grand personnage de l’insolence, ne réussit qu’à exciter sa soeur, qui elle, à défaut d’avoir la sagesse de Wendy, n’en peut bientôt plus de rester assise à attendre que le Capitaine Crochet devienne gentil.

Finalement, pendant que Simbab apprend à labourer avec Fardoche, ma Fraisinette alias « Terrible two » consent à mettre son énergie dans la réalisation de deux fournées de galettes. Trois tasses de farine dans les cheveux plus tard, nous optons pour encourager Simbab à venir prendre l’air avec nous. Beaucoup trop habillé pour la fièvre, mais finalement pas assez pour le vent du nord-ouest, Simbab passe le voyage affalé dans le navire, ne faisant que quelques pas pour sauter la passerelle.

Fraisinette est quant à elle aux paradis des chiens et dépense suffisamment de pépites de chocolat pour démontrer son intérêt de faire la sieste entre l’assiette principale et son désert.

Exténué d’avoir joué à Robin des bois avec le nord-ouest, Simbab se rabat quant à lui sur Thomas. Mais « non d’un chouchou », la petite locomotive et ses amis transportent aussi le grand frère au vrai pays des fées. Et voilà que pendant trois heures, la télévision s’est tue.

Le calme plat. Dora a beau cherché Babouche, Diego courir avec son sac de secours, notre festival du film grandeur maison est en trêve. Trêve de devinettes faciles, de réparties discutables, de madame beaucoup trop méchante et de petite fée beaucoup trop délurée. Trêve de musique bondissante, de morale à deux sous et d’histoire à dormir debout.

Mais une fois debout, Simbad réussit à prononcer sa première phrase complète de la journée : « Je vais mieux. On écoute un film? » Et le festival du fil grandeur maison reprend pour les 36 heures suivantes. Couché à 19 h, Simbab est assailli d’une grande fatigue, mais voit la télévision poindre à l’horizon à peine le gros orteil posé dans le salon.

Mais voilà, le papa de la petite sirène n’a beau pas avoir trouvé un vaccin, la maladie finit quand même par rebrousser chemin. Simbab est bientôt guéri. Mais devant son peu d’enthousiasme à reprendre goût à ses aventures de marin, M. et Mme Lion, coprésidents du festival du film grandeur maison, ont décidé de mettre fin aux projections. D’où la grande prestation de l’anguille étendue dans le salon. Mais devant tant de désespoir, la décision n’en est que plus mûrie et sans appel.

Et voilà que, comme une musique de film, l’histoire se termine avant même la fin du générique. Après 24 heures sans dessins animés, Simbab semble surtout ne plus vouloir s’échouer devant l’écran. Terrible two, alias Fraisinette, est resplendissante que l’épreuve soit finie et que reprennent les hostilités et les courses à relais entre l’escalier et la porte d’entrée.

Et que dire d’autre sinon que Monsieur télé est, finalement, redevenu un bambin plutôt qu’un marin.

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