Juste moi-même

Ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Avoir toute une journée à moi toute seule. 10 heures à combler avec rien d’autre que mes souhaits à moi. 10 heures de moi-même. Ce n’est pas que je me plains, mais ce genre de journée, je peux les compter sur les doigts d’une seule main lorsque je regarde les quatre dernières années. Et dire que ce genre de journée était la norme quand j’étais gamine…

Pendant cette journée-là, donc, j’ai choisi la musique dans la voiture et j’ai aussi choisi ce que j’allais faire sans compromis. Pendant cette journée, j’ai terminé toutes mes tasses de café. J’ai choisi ce que je voulais manger, ce que je voulais éviter, ce que je voulais faire. Je n’ai pas entendu mon nom. Merveilleux!

Ma tante, et ma mère aussi, disent que les petits bonheurs et se gâter un peu, c’est « moins cher qu’une dépression ». Mais pour la bonne santé mentale de mon patron, je tiens à préciser que j’étais loin d’une dépression. Mais ça fait tout de même un bien fou de posséder le temps tout seul, quelques heures…

***

Et ça me fait penser. Cette journée de liberté m’a amenée à magasiner un peu pour moi. Ça ne faisait quand même pas un siècle que je m’étais adonnée à cet exercice, mais ça faisait quelque temps déjà que je n’avais pas expérimenté la chose sans bambin hyperactif.

Je suis ressortie de ce petit après-midi de shopping avec trois constats. Le premier, c’est que je déteste les nouvelles collections. Dans les boutiques de vêtements, l’annonce des nouveaux arrivages suivait le bonjour de la vendeuse. Non, vraiment, les nouvelles collections sont toujours trop jolies et le prix, toujours sans solde. Et surtout, elles finissent toujours par se retrouver sous un panneau réclame quelques mois après notre première rencontre…

Second constat : magasiner, c’est fatigant. Il faut faire beaucoup de choix étant donné toute la marchandise qui s’offre à nous. Et on devient un peu comme blasée devant tous les étalages. Sans compte qu’il faut aussi gérer les humeurs de vendeurs déçus de nous voir opter pour une seule chemise. C’est drôle mais il me semble que ces derniers sont justement moins entreprenants, et du coup moins déçus, quand je me pointe avec mes énergiques chérubins. Hmm, bon truc!

Troisième et dernier constat : ça peut coûter très cher de s’éloigner de la maison. Plus il y a de magasins, plus les tentations sont fortes. On a beau avoir besoin de pas grand-chose, finalement, devant les étalages, tout nous manque. Sérieusement, comment fait-on pour vivre sans radio, manteaux, chapeaux, bocaux et sac à dos nouveaux genres? Ça prend vraiment du courage pour se diriger vers les magasins en se disant qu’on ne fera que regarder…

Et cette semaine, je lisais Foglia, le chroniqueur de La Presse. Il rappelait qu’une crise économique, c’est quand les gens cessent de consommer. Crise ou pas, M. Foglia témoignait ne pas être un grand consommateur. Mais il disait avoir fait un effort, dernièrement, pour acheter quelque chose. Encourager l’économie quoi! Peine perdue, il n’a rien trouvé, n’avait besoin de rien, sauf d’une paire de bottes en caoutchouc pour remplacer ses vieille. Mais le commerçant n’avait plus sa pointure…

La semaine dernière, il y a deux ou trois trucs que j’aurais achetés. De petites choses dont j’avais vraiment besoin, mais qu’ils n’avaient plus en stock. Perdue dans une mer de trucs, au milieu d’un étalage de potentiels, je n’ai pas trouvé ce que je cherchais vraiment. À certains moments, je me sentais même un peu perdue, agacée par toutes ces marchandises. Si cette sortie devait me donner le goût de consommer davantage, elle m’a plutôt dégoûtée de ce marchandage froid et impersonnel. Et la prochaine fois, j’amène les enfants, ça nous évitera d’y être longtemps!

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