Câlins gratuits

Je l’admets, jusqu’à hier, je trouvais le mouvement « Free hugs » un peu louche. Cette distribution de câlins gratuits dans les rues et les centres commerciaux me paraissait plutôt paranormale. Et ce n’est pas que je n’aime pas les câlins, mais bon, disons que je suis sélective.

Mais hier, j’ai reçu un câlin gratuit. Pas commandé, il est venu à moi pendant la conférence de presse du Comité prévention suicide. La directrice de l’organisme, Renée-Claude, a distribué les premières accolades de ce qui sera, la semaine prochaine, une chaîne de câlins dans Charlevoix.

Et la magie de ce geste est plutôt étonnante. Spontané, il fait inévitablement sourire. Que quelqu’un que vous n’attendez pas vous offre de vous prendre dans ses bras, seulement comme ça, sans arrière-pensée, pour vous faire du bien, ça reste original et ça brise inévitablement la bulle d’humeur que vous vous étiez fabriquée pour la journée.

Ça me fait penser. J’ai un ami d’origine belge. Lorsqu’il est de passage à la maison, le matin, avant même que la maisonnée ait dit bonjour au dentifrice, on se fait la bise. Sur les deux joues. À chaque fois, ça me fait rigoler. C’est qu’on n’a tellement pas l’habitude de ces démonstrations amicales. Au contraire, on dirait que pour se faire la bise, il nous faut d’abord franchir une porte ou des centaines de kilomètres. Pas de bisous inutiles. On en donne seulement quand c’est vraiment nécessaire et on choisit les récipiendaires.

Tout ça pour dire que je trouve que l’exercice peut faire du bien, changer le rythme, briser la monotonie, faire sourire. De toute façon, je le constate mais ce n’est pas moi qui le dit. Parce qu’il paraît que les câlins, ce serait presque aussi bon pour la santé que les légumes. Selon l’auteure Kathleen Keating, « un câlin rend heureux, dissipe la solitude, sèche les larmes, aide à surmonter la peur, permet de construire l’estime de soi (…) »

Paraît aussi que ceux qui reçoivent des câlins vivent plus longtemps et sont moins stressés. Ce serait aussi excellent pour la santé mentale. Ça peut réconforter, rassurer, sécuriser.

Il faut y croire? Peut-être. Pourtant, il n’y a qu’à regarder l’effet dans le quotidien sur les enfants pour y croire un peu plus. Une accolade bien serrée, quelques secondes, a de l’effet sur les cœurs en peine, les gros bobos, mais aussi sur les moues boudeuses, les yeux fâchés, les mines craintives. Bien serré, on regarde gronder le train ou japper le chien. Bien serré quelques secondes, la journée à la garderie semble moins longue, les départs moins tristes.

Mais est-ce que les câlins peuvent partir en guerre contre le suicide? Sans sauver directement une vie, les câlins gratuits sont une façon de la promouvoir. Parce qu’ils incitent à aller vers les autres, ces bras offerts, ces accolades sont une façon très concrète et silencieuse de dire en quelques secondes : « Bonjour, je suis contente de te voir. T’as l’air fatiguée aujourd’hui, mais je t’aime bien tu sais. Ça me fait toujours plaisir de te voir. Passe une belle journée, je pense à toi. » 

Renée-Claude expliquait que parfois, « face au désespoir, on ne sait pas quoi dire. Il n’y a rien à dire. » Une main amicale sur l’épaule, une tape dans le dos ou encore prendre la personne dans ses bras valent parfois plus que des mots. Les câlins, ce sont au fond de petits gestes concrets, accessibles à tous, qui permettent de dire même ce qu’on ne se sait pas être capable de dire. Sincères, ils permettent d’effacer les kilomètres, de briser la glace, d’envoyer valser les idées noires, de mettre de l’affection dans des journées moroses.

Hier, en échange de son accolade, Renée-Claude m’a remis une patte d’ourse. Une forme de « donner au suivant ». Je dois moi aussi offrir un câlin gratuit. La semaine prochaine, ce sera à votre tour d’y aller de quelques sincères accolades. Avec les gens que vous aimez ou d’autres que vous croiserez.  Eh bien, allez-y, serrez-vous, ça fait un bien fou!

Laisser un commentaire




Néomédia