Simplicité involontaire
Je revois la scène sous le sapin de Noël. Devant la foule de cadeaux et de convives rassemblés, mon bambin est inquiet. « Je veux beaucoup de cadeaux moi, pas juste un ». Il sait à peine compter, mais il sait pourtant que un, ce n’est pas assez. Et trop, ça n’existe pas dans son vocabulaire. Quatre ans sur la terre, des jouets assez nombreux pour avoir à choisir et voilà le travail. Quatre ans sur la terre et il sait que le chiffre 1 signifie « Et pourquoi pas encore un autre? ».
Et pas besoin d’être tout petit pour s’y laisser prendre. Chercher dans les magasins de quoi se décorer un intérieur suffit à se convaincre des moyens cachés de nos ambitions. Pourquoi seulement un quand trop n’existe pas à 40 $ par mois.
Et pourtant, si la tendance se maintient, nous aurons droit à un joli ralentissement économique, un bel exemple de récession à ajouter à notre vécu d’être humain. Quelque chose qui sonne grave dans la voix des analystes financiers, qui fait bondir le taux de chômage américain, qui fait hurler les jeunes retraités, qui inquiète les gens inquiets de voir l’inquiétude des autres. Dans la mire des pessimistes et des réalistes, au milieu de gens surpris, des emplois seront vraisemblablement perdus. Ici, comme ailleurs, les acteurs du milieu s’y attendent. Trop de perte d’emplois? Sûrement. Juste assez? Sûrement trop, oui.
Dans cette sauce qui prend son goût à mesure que s’installe la crise, dans ces petites économies quotidiennes nécessaires à l’équilibre du budget des uns mais qui finissent par en assoiffer d’autres, dans la pratique involontaire de la simplicité se fait le dur apprentissage des bourses serrées, de l’angoisse du mois prochain sans boulot ou sans client.
Dans cette poutine où s’additionne le nouveau mobilier de salon aux paiements de la maison, à l’auto familiale, aux vacances au soleil vécues à crédit, notre nouveau matelas ne nous donnera pas le sommeil si tout bascule, même si c’est la faute des Américains. Heureusement que l’on n’a plus 4 ans. Faire une charmante crise de nerfs ne servirait à rien. Quand on a un budget à gérer, c’est normalement parce qu’on est assez grand pour comprendre rapidement que trop ça veut dire beaucoup, mais aussi assez, que ça flirte l’exagération, l’importun, que ça devient gênant, comme notre trop gros divan dans notre petit salon.
Dans toute cette sauce, inévitablement, nous devrons tous, j’imagine, apprendre à reconnaître ce qui est de trop, ce qui est nécessaire, ce qui est bienvenue. Pour les prochains mois, nous sommes conviés à un petit rappel à l’ordre, une grande leçon d’économie. Sans cesser d’acheter il faut savoir compter, simplicité involontaire oblige. Parce que trop, c’est trop.


19 Janvier 2009 à 7:37 pm
Je suis bien contente d’être la première à laisser un commentaire!! Comme d’habitude, je suis bien d’accord! Avec les nouvelles qui nous viennent des États, c’est comme si Obama allait nous envoyer un chèque demain matin; tout le monde à l’air de penser qu’il va sauver le monde… notre monde, il faut le sauver nous même, en commencant par couper sur le non-nécessaire… qui sait, le ”made in china” va peut être enfin perdre de la popularité?
23 Janvier 2009 à 8:53 am
Merci pour ce premier commentaire! Avec la récession annoncée, (qui sera brusque mais courte selon les experts), notre société de consommation se prend une jolie remise en question. Surtout quand vivre à crédit fait désormais partie de la norme.